Vous achetez un terrain pour construire votre villa, ou vous venez de signer l’acte d’acquisition d’un appartement. Le notaire vous parle de droits, l’agent vous cite un pourcentage, et personne ne vous dit clairement ce que vous risquez si vous traînez. L’enregistrement d’un bien immobilier au Maroc obéit à des règles précises, et un retard de quelques semaines peut alourdir votre facture de plusieurs milliers de dirhams.
Ce guide vous donne les chiffres 2026, les délais à respecter et le détail des sanctions. Vous saurez exactement combien vous payez, quand, et ce qui se passe si vous dépassez l’échéance.
Qu’est-ce que l’enregistrement d’un bien immobilier ?
L’enregistrement est une formalité fiscale obligatoire. Vous présentez votre acte (vente, donation, échange, partage) à l’administration des impôts, qui le date, l’authentifie et perçoit les droits dus. Cette formalité donne à votre acte une existence légale opposable aux tiers et fixe sa date de façon certaine. Le Code général des impôts (CGI) l’encadre dans ses articles 126 à 135 pour les biens immeubles.
Ne confondez pas deux étapes que beaucoup d’acheteurs mélangent. L’enregistrement se fait auprès de la Direction générale des impôts (DGI). L’inscription, elle, se fait ensuite auprès de l’Agence nationale de la conservation foncière (ANCFCC) et inscrit votre nom sur le titre foncier. Les deux sont obligatoires. La première conditionne la seconde : depuis la Loi de finances 2025, le conservateur exige une attestation d’enregistrement avant d’inscrire la mutation.
Comment enregistrer un bien immobilier au Maroc ?
Vous devrez vous adresser à votre notaire. Il rédige l’acte de vente, le présente au bureau d’enregistrement de la Direction générale des impôts dont dépend le bien, calcule les droits et les verse pour votre compte. Vous lui remettez les pièces : l’acte signé, votre carte d’identité ou passeport, le titre foncier, le certificat de propriété récent et le justificatif du paiement du prix par voie bancaire. Réglez les droits dans les 30 jours qui suivent l’acte, récupérez l’attestation d’enregistrement, puis déposez le dossier à la Conservation foncière pour inscrire votre nom sur le titre. Tant que cette inscription n’est pas faite, vous avez payé sans être pleinement propriétaire aux yeux des tiers. Confiez ce circuit à un notaire ou à un conseil qui tient les délais, car chaque jour de retard alourdit la note.
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Les droits d’enregistrement d’un bien immobilier : les taux 2026
Les droits d’enregistrement d’un bien immobilier se calculent sur le prix déclaré, ou sur la valeur vénale si l’administration la juge supérieure. C’est l’acquéreur qui les supporte dans la quasi-totalité des transactions, même si la loi rend les deux parties solidairement responsables.
| Nature du bien | Taux 2026 |
|---|---|
| Locaux construits (habitation, commercial, professionnel, administratif) | 4 % |
| Terrain supportant ces locaux (limite de 5 fois la surface couverte) | 4 % |
| Terrain nu, constructible ou non, immatriculé ou non | 5 % |
| Terrain comportant des constructions destinées à être démolies | 5 % |
| Logement social Damane Iskan (prix ≤ 250 000 DH) | 3 % |
| Donation en ligne directe, entre époux, frères et sœurs, kafala | 1,5 % |
Un point que beaucoup d’acheteurs croient encore acquis : il n’existe plus de taux réduit pour un terrain nu acheté avec engagement de construire. L’ancienne disposition qui ramenait ce cas à un taux préférentiel a été abrogée. Aujourd’hui, l’article 133 du CGI taxe tout terrain nu à 5 %, que vous comptiez bâtir ou non. Le taux de 4 % vise les locaux déjà construits, et le terrain qui les porte dans la limite de cinq fois la surface couverte. Autrement dit, vous payez 4 % quand vous achetez une maison ou un appartement existant, et 5 % quand vous achetez le terrain pour le construire vous-même.
Nouveauté pour l’année 2026 : le supplément de 2 % sur les paiements en espèces
La Loi de finances n° 50-25 pour 2026 a introduit un droit d’enregistrement supplémentaire de 2 %, détaillé par la Note circulaire n° 737 de la DGI signée le 27 février 2026. Ce supplément frappe les mutations de biens immeubles, de droits réels immobiliers et de fonds de commerce quand vous ne pouvez pas justifier le mode de paiement. En clair, il vise les règlements en espèces, sans trace bancaire. Le texte s’applique aux actes enregistrés depuis le 1er janvier 2026, sur la base des articles 127-I et 133-I du CGI.
L’écart est lourd. Prenez un appartement à 600 000 DH :
- Payé par chèque barré non endossable ou virement, vous réglez 600 000 × 4 % = 24 000 DH.
- Payé en espèces, sans référence de règlement, vous ajoutez 600 000 × 2 % = 12 000 DH, soit 36 000 DH au total. Cinquante pour cent de plus pour le même bien.
Les moyens de paiement acceptés comme traçables sont le chèque barré non endossable, le virement bancaire, le prélèvement et la carte bancaire. Le supplément ne porte que sur la fraction payée en espèces. Si vous réglez une part comptant et le reste par virement, seule la part comptant subit les 2 %. Réglez tout par voie bancaire. Vous protégez votre budget et vous sécurisez la traçabilité de vos fonds, point que l’Office des changes contrôle aussi pour les Marocains de l’étranger.
Frais d’enregistrement : le vrai coût d’une acquisition

Les frais d’enregistrement au sens large ne se limitent pas aux droits versés à la DGI. Quatre postes s’additionnent et il faut les budgéter ensemble.
- Droits d’enregistrement : 4 %, 5 %, 3 % ou 1,5 % selon le bien.
- Conservation foncière (ANCFCC) : environ 1 % de la valeur, plus un droit fixe pour le certificat de propriété.
- Taxe notariale : 0,5 %, que le notaire reverse à l’administration.
- Honoraires du notaire : environ 1 % hors taxe, dégressif, augmenté de la TVA à 10 %, avec un minimum forfaitaire.
Comptez aussi les droits de timbre et, le cas échéant, les frais de traduction ou de bornage. Au total, prévoyez entre 8 % et 10 % de la valeur du bien.
Exemple pour un acquéreur qui achète un terrain nu à 1 000 000 DH pour y bâtir :
- Droits d’enregistrement (5 %) : 50 000 DH
- Conservation foncière (1 %) : 10 000 DH
- Taxe notariale (0,5 %) : 5 000 DH
- Honoraires notaire (≈ 1 % + TVA) : environ 11 000 DH
- Budget formalités : environ 76 000 DH, avant le coût de la construction elle-même.
Intégrez ce montant dès l’étude de faisabilité de votre projet. Un budget de chantier sérieux additionne le prix du terrain, les frais d’acquisition, les honoraires techniques et le coût du gros œuvre. Découvrir 76 000 DH de frais après avoir signé déstabilise un plan de financement.
Délais : la règle des 30 jours pour l’enregistrement d’un bien immobilier
Le CGI vous accorde 30 jours pour faire enregistrer votre acte. Le délai court à compter de la date de l’acte. Passé ce terme, l’administration applique les sanctions, quelle que soit la raison du retard.
Ce point piège régulièrement les Marocains résidant à l’étranger. Une donation ou une vente signée chez un notaire en France peut concerner un bien situé au Maroc. Le notaire étranger met parfois plusieurs semaines à délivrer les justificatifs. Ce délai à l’étranger ne suspend pas le compteur marocain. La DGI l’a rappelé dans une réponse administrative du 25 mai 2026 : les actes établis hors du Maroc mais produisant des effets sur un bien marocain restent soumis au CGI et à son délai de 30 jours.
Si vous avez déjà payé des droits à l’étranger, une convention fiscale peut vous éviter la double imposition. Mais l’imputation ne s’applique pas d’office. Vous devez la demander au bureau d’enregistrement compétent et fournir les quittances. Réclamez ces pièces dès la signature, pas trois mois plus tard.
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Sanction en cas de retard : le barème
Une sanction en cas de retard se compose de deux étages cumulatifs prévus par le CGI. Beaucoup d’acheteurs ne voient que le premier et sous-estiment l’addition.
L’article 184 applique une majoration sur les droits :
- 5 % si vous régularisez dans les 30 jours qui suivent l’échéance.
- 15 % au-delà de ce délai.
- 20 % en cas de taxation d’office, pour défaut de dépôt ou déclaration insuffisante.
Cette majoration ne peut être inférieure à 500 DH ni dépasser 100 000 DH.
L’article 208 ajoute une pénalité et une majoration de retard de paiement :
- 10 % de pénalité, ramenée à 5 % si le retard ne dépasse pas 30 jours.
- 5 % de majoration pour le premier mois, puis 0,5 % par mois ou fraction de mois supplémentaire.
Prenons un logement à 1 000 000 DH, soit 40 000 DH de droits, et mesurons l’impact.
- Retard de moins de 30 jours : majoration 184 de 5 % (2 000 DH) + pénalité 208 de 5 % (2 000 DH) + majoration 208 de 5 % (2 000 DH). Vous ajoutez environ 6 000 DH.
- Retard de trois mois : majoration 184 de 15 % (6 000 DH) + pénalité 208 de 10 % (4 000 DH) + majoration 208 de 6 % (2 400 DH). Vous ajoutez environ 12 400 DH, soit près d’un tiers des droits dus.
Le calcul exact relève du receveur de l’enregistrement, mais l’ordre de grandeur est sans appel. Plus vous attendez, plus la note grimpe, mois après mois. Une demande de remise gracieuse reste possible quand des circonstances particulières le justifient, mais l’administration tranche au cas par cas. Ne comptez pas dessus.
L’attestation d’enregistrement et la Conservation foncière
Depuis la Loi de finances 2025, le conservateur de la propriété foncière exige une attestation d’enregistrement avant d’inscrire votre acte sur le titre. Sans cette attestation, l’inscription est refusée et votre acquisition reste juridiquement fragile. La DGI vérifie l’authenticité du document, notamment par QR code lorsqu’il existe. Pour les actes traités sur support papier, le cachet officiel fait foi.
Concrètement, votre dossier suit cet ordre : signature de l’acte, enregistrement et paiement des droits à la DGI dans les 30 jours, obtention de l’attestation, puis dépôt à la Conservation foncière pour l’inscription sur le titre foncier. Sautez une étape ou prenez du retard, et toute la chaîne se bloque.
Conclusion
L’enregistrement d’un bien immobilier au Maroc coûte 4 % de droits pour un logement ou un local déjà construit, 5 % pour un terrain nu, qu’il soit destiné ou non à la construction. S’y ajoutent conservation foncière, taxe notariale et honoraires, pour un total de 8 % à 10 %. Vous disposez de 30 jours. Au-delà, les sanctions des articles 184 et 208 du CGI grimpent chaque mois. Depuis 2026, un paiement en espèces vous coûte 2 % de plus. Payez par voie bancaire, respectez le délai, obtenez votre attestation, et inscrivez votre titre. Pour un projet de construction, intégrez ces frais au budget dès le départ.





